Voici un petit (hum) texte que j'ai rédigé au mois de mai... A la demande de certains (qui se reconnaîtront ;)) je le publie de nouveau ici... Un petit texte intime qui représente une partie de moi...
Aujourd'hui j'ai rêvé d'un petit coin secret, qui se trouverait dans le minuscule grenier d'une vieille maison. L'unique fenêtre se trouverait dans un renfoncement arrondi, car il y aurait une petite tourelle donnant à la maison un aspect de manoir sur la rue. Il y aurait aussi une petite lucarne ronde, mise étrangement sur le toit : ni au centre, ni sur les côtés, elle aurait semblé avoir été mise là au hasard ; mais j'aurais très vite compris sa fonction. Par cette lucarne passeraient, chaque matin, les tout premiers rayons du soleil, et il aurait fallu être très habile et très attentif pour pouvoir apprécier ce moment privilégié... Un infime instant avec la première lumière de la journée, que je n'aurais jamais pu vraiment saisir.
L'intérieur de la pièce serait d'un chaleureux incroyable. Pour y accéder, il aurait fallu emprunter un petit escalier en colimaçon très étroit et peu commode. On aurait eu le vertige à chaque fois qu'on le descendrait. Il faudrait se baisser un peu pour ne pas se cogner contre les poutres, apparentes. Elles auraient été vernies de la même teinte que le vieux plancher, qui d'ailleurs craquerait allègrement sous mes pieds, à chaque pas.
Sur la fenêtre, à trois battants, j'aurais mis de faux vitraux, dans les tons rouge, jaune et vert, représentant des fées, des licornes et des phénix. Pour l'ouvrir, il aurait fallu soulever la poignée et la tourner trois fois, sinon on s'efforçait comme un fou à l'ouvrir par la force sans y arriver... Sous la fenêtre, j'aurais installé une petite banquette recouverte de tissu rouge. Des coussins orange et jaune auraient été posés dessus, et je me serais assise là les soirs d'été, regardant, paisible, le soleil se coucher à travers la fenêtre grande ouverte. J'aurais aussi pu y passer toute la nuit, à la lueur d'une seule bougie, à contempler les milliers d'étoiles brillantes, scintillantes dans les cieux.
Une idée vient d'apparaître dans ma tête et elle me convient à merveille. La banquette, sous la fenêtre, serait une sorte de coffre déguisé, où l'assise pourrait se soulever et révéler une cachette. Là, il y aurait des trousses remplies de crayons gris et de couleurs, et des dizaines de carnets et de feuilles. Ce serait l'endroit de la création, et j'y noterais toutes mes idées d'histoires, j'y croquerais des images apparaissant dans ma tête, ou encore j'y ferais des ébauches de personnages drôles, ou beaux, ou fantastiques...
Au fond de la pièce (si on peut appeler cela un fond ; cette pièce aurait été très petite et les meubles auraient parus les uns sur les autres), j'aurais mis un vieux canapé en cuir craquelé rouge, avec une grosse couverture et un énorme coussin, où je m'installerais avec un bon bouquin, le soir. Juste à côté il y aurait une petite table, sur laquelle seraient posés trois objets : le livre que je serais en train de lire, un vieux bougeoir trouvé dans une brocante qui serait ma seule source de lumière une fois la nuit tombée, et une boîte multicolore de taille moyenne, renfermant un trésor de plaisir et de bien-être ; des rochers au chocolat praliné.
Des chandelles à moitié fondues seraient éparpillées un peu partout sur les poutres et le plancher. Peut-être y aurait-il un tapis... Je n'y ai pas réfléchi... S'il y en avait un, il serait rouge, avec de petits motifs, mais il serait tellement vieux que les motifs auraient terni.
Et puis, juste à côté de l'endroit où déboucherait l'escalier, il y aurait un coffre trouvé, comme le bougeoir, dans une vieille brocante. J'y aurais entreposé mes vieux albums photos et de vieux souvenirs de papier : des journaux intimes, des paquets de lettres, des livres précieux pour moi. J'y aurais aussi mis, tout au fond, une petite boîte bleue où serais rangé mon lapin. Et par les beaux après-midi, je me serais agenouillée sur le plancher (ou sur le tapis) et j'aurais ressorti mes souvenirs en croquant des cerises (il faut dire que j'aurais beaucoup fait ça l'été, en fin d'après-midi quand le temps se rafraîchit et qu'une douce brise passe à travers la fenêtre. )
Et je passerais mes temps libres là, à écouter le bruit du dehors : le son des gouttelettes d'eau tombant sur les tuiles, quand il pleuvrait, ou le gazouillis des oiseaux au printemps, ou encore les bruits de la rue, en contrebas, ou bien encore le vent soufflant dans les poutres et faisant craquer le vieux bois de la maison... Je pourrais même entendre les rayons du soleil danser sur les toits du dehors, ou encore les tintements de clochette que font les étoiles lorsqu'elles brillent de mille feux, par les nuits sans nuages...
Je serais la seule à profiter de cet endroit. Ce serait mon jardin secret, mon petit paradis à moi, et seule moi pourrais goûter le bonheur d'y passer quelques heures... jusqu'à ce que quelqu'un de spécial ait l'honneur de venir dans mon monde.
Et ce jour-là, je serais pleinement heureuse.
Il lui faudrait un peu de temps pour s'accoutumer à l'escalier raide et biscornu, beaucoup de temps pour apprendre à ne pas se cogner contre les poutres de la pente, et pas mal de temps aussi pour pouvoir ouvrir la fenêtre sans y mettre toutes ses forces.
Mais très vite, il aurait compris, appris et apprécié la chaleur et la douceur de cet endroit. Et rapidement, nous nous serions retrouvés tous les deux au bord de la fenêtre, dans les bras l'un de l'autre, à regarder les étoiles tinter dans le ciel. Une fois la bougie allumée et la boîte multicolore ouverte, je m'allongerais dans le canapé, les jambes sous la couverture. Lui prendrait le coussin, le mettrait au sol, s'assiérait dessus et poserait sa tête sur mes cuisses pour m'écouter lui lire mon livre. Puis, j'irais m'asseoir avec lui au sol et lui montrerais mes souvenirs, voiles de ma vie que je ne soulèverais que pour lui. Enfin, écrasés de bonheur et de tendresse, nous nous endormirions tous les deux serrés dans le canapé, collés l'un à l'autre, la fenêtre grande ouverte libérant sur nous la fraîcheur et la douceur de la nuit. Au matin, nous nous réveillerions en même temps, par la faible lueur du début du jour, et sans un mot, sans un bruit, ne nous échangeant simplement que des sourires tendres et des regards complices, nous lèverions nos yeux au plafond pour espérer apercevoir le premier rayon du jour à travers la petite lucarne.
Et le jour naîtrait dans ses yeux.
